Oeuvres / Incantations


pour violoncelle seul, Op. 15¹
Crée par Lluis Claret, Madrid (1986)

 
durée : 9' ca

Introduction, Incantatoire 1
Passage 1
Méditatif
Passage 2
Incantatoire 2, Coda


Le silence cerne la parole
Et le Temps cerne le silence.
Solon (VIIe s. av. J.C.)

Malgré leur caractère obstiné, les Incantations pour violoncelle seul, présentent un matériau musical en constante évolution. Ses micro-transformations procèdent essentiellement de la réitération, à la manière des incantations rituelles. Réitérations de gestes instrumentaux rythmés comme ceux d'un peintre : rectilignes ou en souples ondulations, hésitants ou parfaitement maîtrisés ...

Au-delà des titres qui en articulent les diverses étapes, au-delà des respirations et silences inhérents au principe des incantations, la forme générale est indissociable de l'énergie qui l'anime et la construit peu à peu. Tout n'y est alors que passage, sans véritable cadence ni “frontière”. Certaines figures, en s'amplifiant, dessinent les lignes et courbes - comme des coups de pinceau décisifs - non seulement du détail mais aussi de l'ensemble de ce tableau conçu à la manière d'un polyptique. Ainsi, le Méditatif n'est pas un “mouvement” isolé, mais plutôt un état transitoire dans le déroulement des incantations dont les tracés et couleurs reflètent les images originelles, agrandies et toujours remodelées.



Ces recherches orientent les jeux du soliste et mobilisent l'attention de l'auditeur entraînée sur d'autres voies, des voies à inventer soi-même, comme devant un monochrome d'Yves Klein, par exemple. Méticuleux, il guettera peut-être la joyeuse griffure des retours, débusquera l'improbable passage du plein au délié et, s'accoutumant aux interstices où s'abîment ces Incantations, inventera de nouveaux refrains avec les mots de Beckett qui en jonchent la fin :
Soudain au loin le pas la voix rien puis soudain quelque chose
puis soudain rien soudain au loin le silence
Samuel Beckett, Comment c'est


1 Incantations est dédié à Lluis Claret. Editions Salabert, Paris 1988