Copie de Les feux du Fiji

Musique de Chambre

Les feux du Fuji

Notice
Partitions


La nature et les mythes
Commande de l’association « Jubiluz »
(région Centre-Val de Loire)

sur un texte de Bruno DUCOL
d’après un mythe fondateur du Japon
issu du « Taketori monogatari » - anonyme de Kyoto (XIIe s.)
pour baryton, koto, percussions et électronique

Il s’agirait par notre art de
repérer alentour certaines traces du rêve
qui est ailleurs en pleine vérité,
afin de préparer nos regards à l’accueillir un jour
Philippe Jacottet, La seconde semaison

 

 

Les Feux du Fuji s’inspirent de l’histoire de Kaguya-Hime, la Princesse des fleurs de cerisiers – bien connue des enfants japonais – mais aussi des pages ultimes du Taketori monogatari, étincelles qui ont allumé en moi le désir de réactualiser un mythe fondateur du Japon. Les textes, chantés ou déclamés, en français ou en japonais, en direct ou enregistrés, sont proférés avec une spatialisation et autres effets  susceptibles de restituer l’impression des paysages naturels et du mythe : entre rêve et réalité.  

Ici ou là brillent quelques couleurs empruntées au Pays du Soleil Levant : les voix, le koto, les bols Rin... Sans compter l’un des tropes (tout à fait personnel) qui refléte curieusement le traditionnel Ritsu ou autre mode Hirajôshi. Mais à côté de ces chatoyants éclairages, les rumeurs et éruptions volcaniques parfois violentes1, soulignent avec des touches plus insolites le caractère onirique et surnaturel de Kaguya: je songe en particulier à la fin du récit quand l’empereur ordonne que l’on brûle au sommet du Fuji un élixir magique en même temps que son message à la Princesse de ses rêves.

La légende raconte que depuis ce temps-là un panache de fumée s’échappe régulièrement du cratère principal. On observe aujourd’hui encore ces « expressions » du Fuji comme les signes tangibles d’un amour vénérable et inextinguible.

Ces images finales resteront emblématiques de l’énergie créatrice de la nature et de l’homme qui s’en laisse pénétrer. Comme un souffle -le Qi des Chinois -qui ouvre des espaces et un temps sans limite, la musique épouse le récit et la langue elle-même libérée de certaines contraintes2. L’énumération obstinée des volcans japonais illustre cette énergie fondamentale qu’on peut traduire par ce haïku :


Printemps
Souffle, couleurs, volcans
Caresses, flancs
Accueillir

B.D.

 

 

1 Tous les phénomènes volcaniques ont été enregistrés dans le sud-est asiatique par Fred Lécuyer..
2 Je fais ici référence aux ouvrages de François Cheng (L’écriture poétique chinoise) et de François Jullien (Du “temps“) qui, chacun à leur manière, évoquent l’« ouverture » de la langue chinoise. Dépourvue de conjugaisons, celle-ci n’induit pas comme en Occident, une pensée du temps divisé (avec la conscience tragique qui l’accompagne fatalement)..