Nu descendant un escalier

Musique de Chambre

Nu descendant un escalier

Notice
Partitions
Enregistrements

Etude sur des superpositions de vitesse pour 2 pianos, Op. 26, n°11
Hommage à Marcel Duchamp
Edison Denisov in memoriam

Commande de l’ADAC
(1997)

 

 

durée : 6'00''

Écoutez, comme chaque pause est remplie de sous notes,
tons clairs et argentins, acérés comme la glace, qui
réveillent, qui percent le sens et vivent dans l’âme,
comme les étoiles effilées percent l’air de cristal
de l’hiver et se mirent dans la mer.

Shelley, Prométhée délivré.



Marcel Duchamp, Nu descendant un escalier, 1911, coll. Louise et Walter Arensberg, Philadelphia Museum of Art.

 

Cette nouvelle étude pour 2 pianos est un hommage au peintre Marcel Duchamp à qui j’ai emprunté non seulement le titre mais aussi cette obsession de la transition et du mouvement qui traverse les toiles des années 1911-12. Duchamp s’inspirait lui-même du cinéma et de l’analyse photographique du mouvement (cf. Human Locomotion de Muybridge, 1887). Comme dans la peinture, les vitesses et lignes des 2 pianos se suivent avec un léger décalage qui évolue progressivement pour former le mouvement et dessiner la forme de l’œuvre. Une simple mélodie, mais présentée à diverses vitesses, en donne le filigrane.

La notation rythmique fait alterner 2 jeux distincts : l’un rigoureusement mesuré (en tempo fixe), l’autre plus souple, soit accéléré ou ralenti (en tempo flexible comme dans les musiques orientales), soit comme suspendu (en tempo « rubato »)..

Au gré des images qui se déroulent selon diverses vitesses – comme dans la chronophotographie dont s’est inspiré Duchamp -  se distinguent quelques effets passagers (et d’autant plus remarquables) en parfaite synchronie.

Au départ diamétralement opposée, la dynamique de chacun des pianos progressera jusqu’à la fusion des 2 instruments qui retrouveront finalement leur propre autonomie.

Des fragments mélodiques – non dénués d’expressivité – se répètent jusqu’à la fin, à des vitesses différentes et résonnent comme les vestiges d’un chant retrouvé.


1 Cette œuvre est dédiée à Géry Moutier et Jean-Louis Delahaut qui en ont assuré la création le 31 mai 1997 à Reims. Cette pièce autonome, sera intégrée dans le 2e cahier d’Etudes de rythme, publié sous le titre général des Vibrations chromatiques, pour 2 pianos. Ed. Notissimo-Leduc, Paris, 1999.