Li Po

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Li Po

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Commande d’Etat
pour  soprano  et  haute-contre  soli,  choeur d’enfants
(ou choeur féminin) 2 pianos et deux percussions, op. 22
1

Paris, Ensemble 2e2m, Maîtrise de Paris, dir. Robert H. Platz (1994).

durée : 17'33''


L’Orient et l’Occident sont sans cesse en quête l’un de l’autre :
ils doivent finir par se rencontrer.

R. Tagore

 


Li Po

 

C’est grâce à des séjours en Amérique latine ou en lointaine Chine, que j’ai pu apprécier les extrémités de la course quotidienne du soleil, goûter près de la Croix du Sud, la nuit de Tablada au clair de lune tropical, partager l’ivresse de Li Po, au pavillon du Dragon jaune ...

Le poète Chinois surnommé Li T’ai-Po (701-762), l’”Immortel banni sur terre” disait-on, est devenu célèbre en Occident grâce en particulier à Judith Gautier, Bethge et Mahler, Claudel, Eisler ou Webern.
Ayant joui pendant un temps de faveurs inouïes à la cour impériale, il dût, après diverses brouilles, s’exiler dans le Yun-Nan, le pays au Sud des nuages où coulent le Fleuve Rouge, le Mékong et d’autres. Selon une légende, il aurait quitté la terre, par une nuit d’ivresse, en essayant de saisir le reflet de la lune sur les eaux du Fleuve Bleu. Après un instant de trouble, l’image de “T’ai Po” (ou Vénus, l’étoile du berger) scintillait à nouveau à la surface des eaux.
Cependant, selon une autre légende - plus proche de notre Arion mythique - Li Po aurait disparu près des  Rochers de Couleur en chevauchant un dauphin qui le transporta aux pays des immortels, son lieu d’origine ...
Le Mexicain José Juan Tablada (1871-1945) est connu lui aussi des musiciens, surtout grâce à Varèse qui, dans ses “Offrandes”, extirpa toute l’énergie de l’un de ses poèmes.

Grand découvreur de l’art précolombien, Tablada acquit la magie et la concentration de son verbe au contact de l’Europe, mais plus encore de l’Extrême-Orient. Il introduisit notamment le Hai-Kù dans la langue espagnole et, séduit par la puissance de l’idéogramme chinois, il publia en 1920  Li Po y otros poemas, dont la typographie et l’esprit s’apparentent aux  Calligrammes d’Apollinaire.

Allant et venant d’Ouest en Est à la suite de Tablada, revenant au “Milieu”, le cinquième point cardinal des chinois, là où s’effectue le voyage - dans le temps celui-là - sur un char de nuages, plus mythique que réel, vers la civilisation des Anciens ou des Immortels, j’ai composé “Li Po”. Ou plutôt, comme dans une chaîne herméneutique, j’ai recomposé “Li Po”, tendant avec mon solfège et mes signes, les fils ténus qui relient Orient et Occident, l’ancienne dynastie Tang et le vingtième siècle finissant. À la manière d’une toile d’araignée, ils forment à ma fenêtre un store de perles de cristal, et à travers l’écran diaphane, je contemple la lune d’automne (Li Po)


A-t-on besoin de comprendre autre chose ? Dans les mots, le rythme et la polytonie spécifiques  de Li Po, la musique de Tablada ? Ce que j’ai fait à mon tour ? Disons ici, comme Roland Barthes parlant du Hai-Kù : “Le sens n’y est qu’un flash, une griffure de lumière” [...].

Bruno Ducol, Paris, 06-10-94.

1 Li Po est dédié à Patrick Marco et la Maîtrise de Paris. Éditions Alphonse-LEDUC, Paris, 1995.