Ensembles vocaux

Tout le jaune se meurt

Notice
Partitions


d’après « Les Fenêtres » de Guillaume Apollinaire
pour voix seule


Commande de l’Ensemble 32
(Japon) 2015


Edition Jean-Pierre Rubin - 2016
Dédié à Chieko Hayashi

 

 

Dans Für die Jugend, je suggérais à l’interprète
quelques mouvements susceptibles de traduire
et structurer des textes conçus comme de
véritables calligraphies1.
Avec cette nouvelle oeuvre, je tente une
« kinésigraphie » (une écriture du mouvement)
capable à la fois de souligner la forme
musicale (avec ses principaux motifs) et
d’amplifier certaines images.
Les images de ce poème – plus que
d’improbables affects – sont en effet mises en
scène à la manière des calligrammes
d’Apollinaire, où se joue une sorte de théâtre
du geste. Un geste vers Lou, vers la femme, un
appel vers l’autre et ses lointains paysages.
Le « pianotage » de l’interprète s’agrandit
tantôt en rêveuses ondulations, tantôt en
spirales exaltées. Associés aux prestiges de sa
voix, les doigts et les mains mais aussi le regard
et tout le corps de la chanteuse élargissent
la perception de l’auditeur / spectateur, le
transportent vers ces « villes auriculaires »
auxquelles il aspire.
Polychromes, ces images parcourent la carte
des saisons, vibrent du rouge au vert et du
blanc neigeux aux « insondables violets » puis
s’estompent comme un soleil d’automne
quand « le jaune se meurt ». Mais avec la
fenêtre s’ouvre en grand la vision des
Capresses et « Chabines marronnes » qui se
balancent au rythme des Antilles et virevoltent
« comme une orange », de Paris jusqu’à
Vancouver.
Les voix et mouvements de cette pièce
doivent à présent dessiner les perspectives de
La rue où nagent mes deux mains / Aux doigts
subtils fouillant la ville2
imaginées par le poète.

 

 

Tout le jaune se meurt
Op. 48

Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Quand chantent les aras dans les forêts natales
Abatis de pihis
Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile
Nous l’enverrons en message téléphonique
Traumatisme géant
Il fait couler les yeux
Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises
Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate
blanche
Tu soulèveras le rideau
Et maintenant voilà que s’ouvre la fenêtre
Araignées quand les mains tissaient la lumière
Beauté pâleur insondables violets
Nous tenterons en vain de prendre du repos
On commencera à minuit
Quand on a le temps on a la liberté
Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l’Oursin du couchant
Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre
Tours
Les Tours ce sont les rues
Puits
Puits ce sont les places
Puits
Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes
Les Chabins chantent des airs à mourir
Aux Chabines marronnes
Et l’oie oua-oua trompette au nord
Où les chasseurs de ratons
Raclent les pelleteries
Étincelant diamant
Vancouver
Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit l’hiver
O Paris
Du rouge au vert tout le jaune se meurt
Paris Vancouver Hyères Maintenon New-York et les
Antilles
La fenêtre s’ouvre comme une orange
Le beau fruit de la lumière
Apollinaire, Les Fenêtres
Extrait des Calligrammes


1 Les concerts - performances organisés par le China-Institut prenaient tout leur sens en présence d’une série de calligraphies exposées dans une galerie parisienne en 2011.
2 Apollinaire, « La Victoire », extrait des Calligrammes.