Lyrique

Praxitèle

Notice
Partitions


Opéra de chambre en 7 tableaux, Op. 12 (1980-86)1
Sur un livret de P. Choné
Commande de Radio-France


Je me mis à la composition de ce premier ouvrage lyrique peu après mon retour du Brésil. Certains rythmes, instruments et autres particularités “exotiques”, glanés de Rio à l’Amazonie, du Pantanal au Nordeste, traversent la partition de PRAXITÈLE. Mais, à l’encontre des pages un peu jaunies d’un Darius Milhaud, ils sont ici sciemment épinglés, comme les cartes postales qui décorent le bazar infâme où se vautrent ces touristes qui vont et viennent sur le damier publicitaire des destinations internationales.

B.D. 1982.


Pygmalion "sculptant" sa bien-aimée, Roman de la Rose , Paris, vers 1360. Bruxelles, Bibliothèque royale Albert 1er, ms. 11.187

 

 

Entre la forêt décomposée exsudant bêtes, temples effrités, dieux “maîtres des lames patientes”, et le monde civilisé qui dégorge ses touristes par une piste grêle et jaune, il y a un bastringue sans nom. Il ouvre au crépuscule, ferme à l’aube.
Spectateurs toujours en avance ou en retard, nous n’assistons qu’à ces transitions. Ce n’est que dans ces moments où l’on sort ou range la musique, que peut surgir un écart par rapport à la norme des félicités musicales. Le miracle, ce n’est pas que le drame se joue, mais que nous soyons admis à la perception de cet écart, du mouvement vers l’ordre ou le désordre, hanté par un mouvement d’organes.

Alternance morne, indéfiniment grise ou verte, où seule éclate ponctuellement, chaque soir, la “source du rouge”, Eva, la chanteuse. Praxitèle, le sculpteur boiteux, habité par un passé initiatique et révolutionnaire, modèle en vain une figure de terre qui se défait sous ses doigts. Déçus ou porteurs d’espoirs ridicules, Estelle et les musiciens sont les moteurs du temps, humiliés et patients. Passent et repassent les deux savants guignolesques, Alexandre (de Humboldt) et Aimé (Bonpland), qui sans trêve vont et viennent de part et d’autre d’un océan, illustrant dans une chronologie accélérée, syncopée, l’accouplement dérisoire de la connaissance et du désir.
Dans cet univers où “même la musique moisit”, où quelque chose d’ignoble, jamais désigné, mange peu à peu les statues, les gestes et jusqu’à la moindre trace du sens, PRAXITÈLE, au-delà de l’apparence d’une “histoire de passion”, réinvente le rituel et la tragédie. La voix d’Éva meurt comme dans un opéra pourpre, des portes claquent, il n’y a peut-être pas eu de spectacle, il faut enfin sortir  “au vent de la nuit” .

Paulette Choné.

1 Commande de Radio-France 1985, cet opéra est dédié à Adrienne Clostre. La partition est propriété de Radio-France, 1986.