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Métalayi II

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Commande d’Etat pour l’Orchestre National de Lyon (1983),
pour grand orchestre, Op. 141
Orchestre National de Lyon, dir. Serge Baudo


Auditorium Maurice Ravel, Lyon 1985



Métalayi, du grec μετα : au-delà, après et αλλαγησομαι : devenir autre (de l’adjectif αλλοσ : autre) signifie transmutation ou transformation progressive d’un corps chimique.
Transmutation de l’objet et de ses signes ...


La musique offre à la perception un corps sonore en devenir dans l’espace et le temps. Ce “corps” est un tout complexe comparable aux éléments d’une galaxie. Sa configuration, son épaisseur, sa direction sont spécifiques en un lieu et un temps donnés. On peut souligner que la musique - ici spécialement - présente une double réalité structurale : elle est à la fois ce corps sonore qui circule dans l’espace (avec une épaisseur harmonique, une couleur, un rythme, etc.) et la médiatrice qui par son rayonnement, permet l’observation de celui-ci tout au long de son déroulement.
Comme vue au télescope, la présence de ce corps devient de plus en plus prégnante sans jamais atteindre une étape définitive. Même si un rythme semble par exemple se stabiliser, son contexte le fait toujours apparaître sous un angle nouveau. Ceci est si vrai qu’il est insensé d’évoquer une figure rythmique si ce n’est à un instant précis. D’ailleurs son approche révèlera davantage les phases croissantes ou décroissantes de son énergie tandis que la structure, constamment en mouvement, évolue, transforme ses signaux et ma perception (“on ne descend jamais deux fois dans le même fleuve”, disait Héraclite). Ces continuelles mutations n’empêchent pas l’épanouissement même provisoire, de l’énergie, mais la musique - comme médiatrice - dans son épaisseur et sa linéarité, ne présente que les étapes successives ou simultanées des signes qui la manifestent. Et si le passage d’un élément à un autre se fait imperceptiblement, les signes nous apparaissent de façon intermittente, en paliers successifs si bien que certains demeurent ambigus, à la “frontière” de divers formants identifiables. C’est ainsi qu’une cellule rythmique isolée offrira les signes d’un rythme en voie d’extinction et à un autre qui au contraire s’en ressourcera. Le rapport entre ces signes pourra peut-être faire penser à une tierce figure ... Ces différents signes conjugués, s’éclairent ou se voilent donc mutuellement. Dans leur mutation respective, ils comportent parfois des similitudes de passage et créent aussi l’illusion d’autres signes. Italo Calvino exprime à sa manière une idée très proche :


In questo arrovelarmi
[...] capii che ormai avevo perso anche quella confusa nozione del mio segno, e riuscivo a concepire solo frammenti di segni intercambiabili tra loro, cioé segni interni al segno, e ogni cambiamento di questi segni all’intorno del segno cambiava il segno in un segno completamente diverso, ossia m’ero bell’e dimenticato di come il mio segno fosse e non c’era verso di farmelo tornare in mente.2

En résumé, on peut dire que cette “Métalayi” fait apparaître tout à la fois la richesse et la fragilité de l’investigation car, on l’a remarqué, aussi bien la réalité du corps sonore que les signes et les rapports entre ces signes ont un caractère ambigu du fait de leurs déplacements. La problématique – dans cette oeuvre en particulier – était d’assumer la cohérence de l’ensemble avec des signes originaux mais en perpétuelle mutation. L’attention de l’auditeur est ainsi constamment sollicitée.

B.D. Rome, 1983.


1 Œuvre dédiée aux peintres Sylvie Turpin et Christian Bonnefoi. Editions Alphonse-Leduc, Paris 1985.

2 Et dans cette agaçante réflexion [...] je compris désormais que j’avais également perdu jusqu’à cette notion bien confuse de mon signe, et je ne réussissais plus à concevoir que des fragments de signes interchangeables entre eux, c’est-à-dire seulement des signes particuliers de ce signe, et je compris que chaque transformation de ces signes à l’intérieur du signe modifiait ce signe en un signe complètement autre, ou si vous préférez, j’avais en fait oublié comment mon signe était fait et je n’étais pas sur le chemin qui aurait pu me le remettre en mémoire.
Italo Calvino
, Le Cosmicomiche, Einaudi, Torino, 1965 p. 44. Trad. B. Ducol.