L’aurore aux paupières de neige

Musique de Chambre

L’aurore aux paupières de neige

Notice
Partitions
Enregistrements

pour trio à cordes, Op. 28 1
Paris, Trio à cordes de Paris,
Festival Actus Musica, (1998)

 

 

durée : 8'30'' ca

Plus j’avance (dans ma vie, mes découvertes et les goûts que je cultive), plus je me sens attiré par  une forme d’écriture monodique. Peut-être la fréquentation plus ou moins régulière des musiques orientales ou de notre Occident médiéval a guidé inconsciemment mes gestes musicaux que je crois toujours spontanés et singuliers ?  Peut-être après Xenakis, puis-je reconnaître dans la polyphonie une des plus barbares inventions de l’Occident musical ? Paradoxe ici d’une monodie à trois.
Les divers instruments soulignent et ponctuent, résonnent ou renforcent certaines zones d’harmoniques. Jamais ils n’“accompagnent” une mélodie. D’autre part, c’est certainement pour mieux dégager la souplesse et la légèreté de la phrase, avec tout son relief rythmique, que je m’éloigne de plus en plus des anciens contrepoints …
Le titre de ce trio est emprunté à l’Hymne au soleil - écrite vers 130 ap. J.C. - du célèbre Mésomède de Crète. Je me plais à imaginer ce poète-compositeur, ami et rhapsode officiel de l’empereur Hadrien, distillant les multiples grâces de son art à Rome ou dans la fameuse villa impériale de Tibur, partout où volupté et fraîcheur riment avec grandeur et subtilité.

Sous une modalité claire et colorée (ponctuée de tritons), les Hymnes de Mésomède dévoilent des côla au charme incantatoire avec ses rythmes à la fois scandés, finement modulés et asymétriques. La poésie atteint elle aussi les hauteurs expressives de cette musique, lorsque apparaît le Père de l’aurore aux paupières de neige et que danse le choeur des étoiles
La renommée de Mésomède fut telle que Caracalla fit élever un cénotaphe en son honneur, au III° siècle de notre ère.
auréolé par la lyre du flamboyant Hélios...

Ma composition, à l’instar de Mésomède, réactualise ses rythmes de l’intérieur et modifie progressivement ses périodes, comme ses résonances qui parcourent une échelle subtile de couleurs. Grande lyre à douze cordes, le trio tendre ou violent, restitue un lointain écho poétique du maître crétois. Sa paradoxale monodie renoue à travers les siècles le lien fragile mais sensible et magique du partage.


1 Cette oeuvre est dédiée à Charles Frey et au Trio à cordes de Paris. Editions Notissimo-Leduc, 1999.