Adonaïs

Musique de Chambre

ADONAÏS

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Festival international de Quatuor à cordes du Luberon . 22-VIII-2016.

Pour l’heure, dans l’Èglise de Cabrières d’Avignon, le public est venu très nombreux pour écouter le Quatuor Béla, quatre garçons qui ont le vent en poupe. Le programme affiche une création mondiale, commandée par le Festival à Bruno Ducol. Le compositeur avait d’ailleurs convié le public à 18 heures pour une présentation de sa nouvelle oeuvre associant au quatuor à cordes une voix de soprano.

Le quatuor avec voix est chose assez rare dans le répertoire de la musique de chambre. Dans l’avant concert en présence des musiciens, Bruno Ducol évoque l’op. 10 de Schoenberg où le compositeur autrichien introduit deux poèmes chantés dans les troisième et quatrième mouvements de son Quatuor n° 2. Il cite également la Suite lyrique d’Alban Berg, cet « opéra latent » en six mouvements où les mots, bien qu’absents, affleurent souvent. Pour le grand lamento d’Adonaïs - Monteverdi demeure! - Ducol fait appel aux vers de Percy B. Shelley, traducteur inlassable des auteurs anciens: « Je pleure Adonaïs, il est mort! » écrit le poète qui rend ici un hommage funèbre à John Keats. œuvre d’envergure (32’), l’Adonaïs de Ducol s’articule en cinq mouvements suivant le texte et sa dramaturgie : « Ne vous lamentez plus sur  Adonaïs  [ ...] Il n’est pas mort, il ne fait plus qu’un avec la nature » chante la soprano dans un 4ème mouvement beaucoup plus animé. La voix - exceptionnelle Laura Holm - entre litanie et exhortation, est toujours conductrice, explorant, du parlé au chanté, différentes manières de projeter tout à la fois le sens et la sonorité des mots du poète. Eminemment souple et ciselée, la ligne vocale est répercutée et commentée par l’écriture instrumentale qui relève d’un véritable travail d’orfèvre. Au « trillo di gorgia » emprunté à l’ornementation baroque, et dont Laura Holm s’acquitte en virtuose, fait écho le fin crépitement des archets sur la corde, délicatement réverbéré par l’acoustique du lieu. La voix (parlée) des instrumentistes  - les Béla tout terrain - est plusieurs fois sollicitée pour relayer ou amplifier celle de la chanteuse, suggérant des mouvements dans l’espace très étonnants. Sans texte, le troisième mouvement (Intermezzo) étrangement bruité n’est que souffle, vibrations et bruissements, ceux d’une Nature où tout se régénère, cet intermédiaire entre l’homme et le cosmos dans la pensée orientale qui hante notre compositeur. Servant une écriture exigeante autant que raffinée, Laura Holm et le Quatuor Béla, magnifiquement investis, donnent à cette ample déploration sur la mort de Charles S. une ferveur incantatoire qui bouleverse.
Le 29 août 2016 par Michèle Tosi

http://www.resmusica.com/2016/08/29/les-bela-et-laura-holm-creent-adonais-de-bruno-ducol/

« Adonaïs [...] est magnifique ! Et aussi, c’est du Ducol à l’état pur: la forme aérienne et cependant solide – grâce à l’expression jamais défaillante – imagination inépuisable, liberté “contrôlée“ (en tout moment on perçoit la logique du discours), etc. toujours la beauté survolant. Beauté tragique, si l’on veut, mais toujours “belle“. Et quelle chanteuse ! »
(Luis de Pablo, Madrid le 11 février 2017)