A l'orient de tout

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Maîtrise de Radio-France, le 17 mars 2015
Sur le plateau de l’Auditorium, le choeur et la Maîtrise de Radio France se relayaient ou fusionnaient au sein d’un programme éclectique, tant profane que religieux, où s’inscrivait une création très attendue de Bruno Ducol, A l’orient de tout.
Pour cette commande de Sofi Jeannin et de la Maîtrise de Radio France, à qui l’oeuvre est dédiée, Bruno Ducol s’approprie les textes du poète sino-français François Cheng et conçoit une partition pour trois choeurs d’enfants.
L’écriture inventive et magnifiquement ciselée de Bruno Ducol dans A l’orient de tout, un bijou assurément  qui commence par le souffle, avait de quoi les surprendre. C’est du « qi » (énergie primordiale selon la pensée taoïste) dont il est question dans le premier (Si le veut ton souffle) des cinq poèmes de François Cheng retenus par le compositeur. Avec les trois choeurs convoqués, Ducol opère une véritable orchestration des voix d’enfants (incluant des parties solistes) avec des plans sonores différents où viennent s’inscrire les mots, pris en écho ou diffractés dans l’espace des voix. Exploité dans sa valeur sens autant que dans sa dimension sonore, le texte est centre et présence dans la musique de Bruno Ducol. On y reconnaît les intonations glissées et la manière flexible et sensuelle de conduire les voix, chères au compositeur de Li Po. Ducol excelle dans le rendu des reflets lunaires du troisième poème (Cette lune sur l’eau) où l’ondoiement délicat des voix se colore de sifflet plus minéral. L’écriture exigeante est magnifiquement assumée par les voix de la Maîtrise et la conduite très sûre de Sofi Jeannin, maître d’oeuvre d’une exécution sans faille..Crédit photographique : Bruno Ducol © DR
Michèle Tosi Resmusica.com 25-03-15

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Dans sa dernière composition, pour trois chœurs d'enfants, Bruno Ducol se tourne vers l'œuvre de François Cheng, poète et romancier franco-chinois, membre de l'Académie française et traducteur des poètes français en chinois comme des poètes chinois en français. Il puise dans Le long d'un amour (2003), ne retenant que quelques poèmes, ceux peut-être qui appellent le plus la musique. L'ouvrage ayant été réuni depuis à d'autres œuvres de Cheng sous le titre A l'orient de tout (Gallimard, 2005), il a choisi de reprendre celui-ci à son compte. En harmonie avec la pensée chinoise, "une pensée qui dessine l'eau qui s'évapore, forme le nuage qui retombe en pluie...", il s'identifie, dans la notice introductive à la partition, aussi bien à Cheng qu'à un autre poète de la période T'ang: Wang Wei, également peintre et musicien. Cheng, de son côté, avoue "avoir écouté avec une grande émotion" les œuvres d'inspiration chinoise de Ducol.

Un poème ne prend toute sa dimension que dans sa réalité sonore, à laquelle le musicien, poète des sons, a précisément le pouvoir de conférer un surcroît de vie et de sens. Bruno Ducol cite d'ailleurs en épigraphe à la deuxième pièce, "Ame charnelle", cette phrase de Cheng qui justifie son entreprise: "L'indicible, dont la part de mystère restera mystère, on ne peut l'approcher [...] que par le chant". Confiant les poèmes à un ensemble choral, il fait entendre les mots, les vers, simultanément ou bien en écho, en résonance les uns des autres, révèle entre eux des liens cachés, en suggère, par l'intonation, la prosodie, le rythme ou le traitement vocal, une interprétation. Le recours à trois chœurs d'enfants, qui "dialoguent ou se répondent en de multiples jeux de miroir", décuple les possibilités de variation des plans sonores. Le texte poétique est aussi serti de sonorités purement musicales: vocalises sans paroles, sifflements, sons bouche fermée, qui produisent dans "Cette lune sur l'eau" des "effets de cloche"...

De son propre aveu, le compositeur a cherché à "prolonger [...] [l']accord avec la nature ou la beauté féminine, mais aussi le souffle rythmique et la polytonie qui animent tous les textes" de François Cheng. Il s'autorise une certaine liberté par rapport au matériau poétique, recomposant la syntaxe, inversant l'ordre des vers, mêlant entre eux certains poèmes. La première pièce, "Si le veut ton souffle", composée sur le dernier poème du recueil, s'ouvre symboliquement par le mot chinois "Qi" (prononcé "dji") qui veut dire "souffle". Dans la dernière, des extraits du tout premier poème ("Un seul regard") s'ajoutent au texte du cinquième ("Cette voix à distance"). Les quatre pièces extrêmes s'enchaînant deux à deux, "Cette lune sur l'eau", isolée au centre, est celle qui suit le plus fidèlement le cours du poème original.
Philippe Loumiet, mars 2015