Musique de Chambre

Treize fenêtres

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[...] Entrouvrons «Treize fenêtres» : le 3e cahier d’études rythmiques pour 2 pianos, percussion et voix, joue «sur plusieurs tableaux». Au fond d’un dispositif spatio-temporel complexe, les Prisons de Piranese installent leur machinerie sans mode d’emploi : elles drainent vers un présent suspendu les signes du passé antique, l’indéfini du châtiment sans motifs ni limites dans le temps. Sur ce «décor», les fenêtres, soupiraux et jalousies découpent leurs paysages, leurs entrées si différentes : à la clarté quasi-abstraite de Vermeer ou au bonheur sensuel de Bonnard ou Matisse se heurte le tenebroso de Rembrandt, Soulages ou Tapiès. La trame rythmique plus ou moins régulière «calée» sur le décor piranésien s’y modifie d’autant plus que s’ajoutent des inserts de voix pré-enregistrées, des citations en exergue (comme dans les «cartouches» au fronton de chaque monument gravé) ou dites par un récitant, orientant chaque pièce dans un sens qui se fait miroir de Chronos, Eros ou Thanatos. Ainsi à la 11e fenêtre, l’entrée en scène du Narrateur proustien (celui qui aura pourtant fini par avouer : «j’avais bien regardé ma grand-mère, et Albertine») : en voyage à Venise avec sa mère, et la regardant l’accueillir de loin avec amour, il sauve «une minute affranchie de l’ordre du temps». Avec ces méditations expérimentales, on est loin d’études rythmiques techniciennes ? Oui. Orphée merci ! A propos, quand vous allez à vos «fenêtres dormantes» qui sont «porte sur le toit», à quoi pensez-vous, et que voyez-entendez-vous ?
(Dominique Dubreuil, La lettre de Musique Nouvelle en Liberté,  Paris, janvier 2006)

Treize fenêtres at the Getty Center of Los Angeles
Trio Pennetier
: Jean-Claude et France Pennetier (piano),
Georges Pennetier (percussion)

[...] the North American premiere of Bruno Ducol’s “Treize fenêtres” - an enterprising attempt by the ensemble (witch commissioned it) to expand its repertoire. The roughly 25-minut work consists of 13 pointillistic vignettes featuring occasional taped voices and deadened plunking and strumming of piano strings [...]
(Richard S. Ginell - The Los Angeles Times. 4 avril 2006)

Bruno Ducol Treize fenêtres, opus 33
«L’atelier contemporain» de Corinne Schneider au Conservatoire national de région de Paris accueillait une «classe de maître» donnée par Jean-Claude Pennetier autour d’œuvres de Bruno Ducol (né en 1949). […] Jean-Claude et France Pennetier avaient choisi l’avant-dernière des sept Vibrations chromatiques (2001) de Ducol, «pièces d’études rythmiques» pour deux pianos faisant suite à un premier cahier de Six études de rythme (1992) pour piano seul. Dans cette Femme en transe par la fuite des étoiles filantes, que le compositeur qualifie lui-même de «climatique», l’économie de moyens – cordes pincées, marmonnement de la pianiste, brefs éclats des claviers – est inversement proportionnelle à la force poétique.
Bruno Ducol annonce pour janvier prochain la création de son quatrième cahier d’études rythmiques pour piano, percussion et grand orchestre : c’est un processus d’accroissement qui se poursuit ainsi, car le troisième cahier, intitulé Treize fenêtres (2006), est écrit pour deux pianos et percussion, un effectif correspondant à celui du trio formé en 2004 par les époux Pennetier et leur fils Georges, auxquels la partition est dédiée. Deux pianos et percussion accompagnaient déjà, dans Li Po (1994), soprano, haute-contre et chœur d’enfants, mais le propos affiche ici une plus grande ambition. Rythme antique fondamental et générateur, voix préenregistrées (chant, récits en français ou en anglais, fraîcheur des questionnements enfantins) venant colorer quelques pièces – on reconnaît certes l’élève de Messiaen et Schaeffer. Mais ces Fenêtres requièrent en outre un support visuel, avec la projection de tableaux (de Rembrandt à Tapiès en passant par Vermeer, Bonnard, Picasso, Soulages et Irvin) aux côtés desquels sont reproduits les textes préenregistrés. […] l’auditeur peut se livrer à ces vingt-deux minutes inspirées par les «prisons imaginaires» de Piranèse. Libre à lui d’associer ainsi ses propres images à ces ouvertures musicales sur l’enfermement dans la souffrance ou le plaisir, comme ces deux fugaces Trouées qui viennent aérer et éclairer Les Soupiraux du Tartare, ou bien les développements raffinés de la pièce conclusive, Les Tabatières de ton corps, invitant «à refaire le chemin, plus fantasmatique que réel, d’un autre Temps retrouvé où, comme chez Proust, s’inverse le rythme de vies successives révolues».

Simon Corley, Concerto-net.com